Est-ce que le Pentasa est efficace sur le syndrome de l’intestin irritable à tendance diarrhéique?

Les résultats d’une étude anglaise de qualité – faite avec 136 volontaires pendant 3 mois et versus Placebo –  sur le médicament Pentasa et le Syndrome de l’intestin Irritable à tendance Diarrhéique (SII-D) ont été publiés récemment.

Ceux qui souffrent de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin connaissent certainement ce médicament. C’est un anti-inflammatoire intestinal très souvent prescrit pour traiter la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique.

Cette étude se justifiait car il existe beaucoup de points en commun entre les MICI (Maladies Inflammatoires Chroniques des Intestins) et le SII. Ces 2 affections présentent un déséquilibre de la flore intestinale et des symptômes en communs (dont trés souvent la diarrhée… d’où le fait que cette étude ait porté sur le SII-D et non celui à tendance constipation).

Cependant ces 2 affections sont bien distinctes. Les MICI sont caractérisées par un état inflammatoire important (élévation notable des marqueurs de l’inflammation) alors que, dans le SII, on parle de micro-inflammations. Avoir une MICI augmente certains risquent de développer des maladies graves directes comme un cancer, ce qui n’est pas le cas pour le SII.

Enfin, ces affections peuvent être associées car il n’est pas rare qu’une personne atteinte de MICI souffre également du SII.

Bref, tout ça pour dire que, contrairement à ce qu’on aurait pu croire, le Pentasa n’a pas eu les résultats escomptés sur les symptômes de douleurs et transit des personnes souffrant du SII à tendance diarrhéique.

 

 

Les « bons » excréments = nos futurs médicaments !

 

transplantation fécale

Transplantation du microbiote fécal

Même si ça peut paraître dégoûtant, les scientifiques croient sérieusement en cette nouvelle piste!

Comme vous le savez le Syndrome de l’Intestin Irritable, tout comme un bon nombre d’autres maladies digestives (ex: maladie de Crohn), ou non digestives (ex: dépression, parkinson, diabète….) auraient pour origine un déséquilibre de la flore intestinale, appelée Dysbiose.

Or les chercheurs ont bon espoir que la transplantation du microbiote  (ou flore) fécal d’une personne « saine » dans le tube digestif d’une personne « malade » puisse aider cette dernière à rééquilibrer sa flore et donc à guérir.

Jusqu’à présent la recherche ne pouvait le faire que sur des animaux en France. Or, la bonne nouvelle est que l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de la santé autorise  maintenant la recherche à pratiquer la transplantation fécale chez l’être humain.

Affaire à suivre…

NB : vous pouvez également modifier et rééquilibrer votre flore par l’alimentation et la gestion du stress!

Bilan du congrès de neuro-gastroentérologie

Cette semaine j’étais au congrès du GNFG à Grenoble avec l’APSSII (Association des Patients Souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable).

Les conférences étaient passionnantes!

Voici les principaux points que j’ai retenus pour vous :

  • Côté Alimentation  :

L’alimentation exerce un rôle à la fois sur la flore et le transit gastro-intestinal. Et flore et transit intestinal s’influencent mutuellement.

L’alimentation (et le tabac) a un rôle dans l’apparition du SII et des MICI. Ainsi, la prévalence de ces maladies est largement supérieure dans les pays industrialisés (d’Europe, d’Amérique du Nord, d’Australie) où on mange plus gras, plus raffiné, moins de fruits et légumes par rapport aux pays en voie de développement.

Des expériences sur des souris ont montré qu’une alimentation riche en graisses saturées et en sucre augmente la perméabilité intestinale, le déséquilibre de la flore intestinale et la sensibilité aux infections gastro-intestinales.

Une étude de Nouvelle Zélande confirme encore une fois l’efficacité de l’alimentation pauvre en FODMAP chez la majorité des personnes souffrant du Syndrome de l’Intestin Irritable.

Une étude américaine montre que l’ingestion du gluten peut altérer les fonctions de la barrière intestinale chez les patients souffrant du SII à tendance diarrhéique et ayant le profil génétique HLA DQ2 & HLA DQ8.

  • Côté médicaments : 

Pour les personnes souffrant du SII à tendance constipation, il existe depuis longtemps les laxatifs mais ceux-ci ont pour but de contrôler la constipation sans en combattre les causes et un patient sur deux est insatisfait du résultat.

Pour les autres traitements médicamenteux, il existe:

le prucalopride (Résolor®) qui est un agoniste 5HT4 et qui module le péristaltisme (=mouvements des intestins pour faire avancer le bol alimentaire). Il est commercialisé en France sur ordonnance, il est non remboursé par la sécurité sociale et il faut compter environ 80€ par mois de traitement.

Le lubriprostone  et le linaclotide qui agissent sur les sécrétions intestinale et stimulent la motricité intestinale.

Le lubriprostone est commercialisé en Suisse mais pas en France. Le Linaclotide n’est pas encore commercialisé en France. Aucune date de sortie n’est encore communiquée par le laboratoire.

A noter que l’effet indésirable principal de ces traitements est la survenue de diarrhée et leur efficacité varie de 8 à 22% par rapport au placebo.

– Avant de prendre n’importe quel médicament, il est indispensable de consulter votre médecin –

  •  Côté Hypnose :

Une étude suédoise montre que l’hypnose dirigée sur le tube digestif peut être un traitement efficace dans le SII réfractaire. Son action permettrait de prévenir  le stress, la somatisation, l’hypervigilance, l’anxiété et la dépression qui sont mis en cause dans l’augmentation de la sensibilité de la perception de la douleur typiques du SII.

  • Traitements expérimentaux:

La sensibilité des nerfs connectés entre le cerveau et les intestins peut perturber le transit, la douleur et l’inconfort ressentis chez les personnes souffrant du SII ou des MICI. Or la neurostimulation du nerf vague au niveau cervical pourrait réguler cette sensibilité et atténuer la réponse inflammatoire impliquées dans les MICI et le SII. Une étude pilote encourageante est en cours à Grenoble avec des malades souffrant de MICI.

 

J’ai également retenu 2 choses surprenantes de ce congrès:

– une étude montre que l’émission de moins d’une selle par jour peut être un élément prédictif de la maladie de Parkinson

– la manière dont un jeune enfant vit la séparation de sa mère et l’attention qu’elle lui porte peut engendrer des modifications structurales  irréversibles des régions cérébrales de cet enfant.

Lexique:

SII = Syndrome de l’Intestin Irritable

MICI = Maladies Inflammatoires Chronique de l’Intestin (maladie de Crohn, recto-colite hémorragique).